La comédie française culte a fait rire des millions de Français. Mais derrière un film bien écrit se cache un portrait psychologiquement difficile de l’acteur principal.

Manager exigeant au top

En 1998, Le Däner de cons est sorti. Le succès est au rendez-vous et dépasse les espérances puisque près de dix millions de personnes passent dans la chambre noire. Le film a rapidement acquis le statut de film culte, avec des répliques hilarantes et des acteurs vivants. Il faut dire que le réalisateur Francis Weber a soigné son choix : Thierry Lhermitte, Jacques Villeret et Catherine Frot se sont donné une copie conforme. On aurait pu penser que l’ambiance sur le plateau était bonne comme un gamin, et que les acteurs se sont bien amusés. Mais la réalité est complètement différente.

En 1998, année de la sortie du film, Thierry Lhermitte a en fait donné une idée des coulisses. Il a admis que le réalisateur était très exigeant. C’est très difficile. Nous sommes sous commandement, un outil entre les mains de François. Le réalisateur l’assume totalement, même en admettant que l’ambiance n’était pas drôle : sur le plateau, on ne s’est pas du tout amusé. C’est très sportif de faire une comédie aussi calibrée.  »

De la même manière que les acteurs qui jouent dans un film d’horreur n’ont pas forcément peur sur un plateau, ceux qui jouent dans une comédie n’ont pas forcément envie de rire.

Des années plus tard, Thierry Lhermitte garde les mêmes souvenirs

L’acteur est régulièrement invité à parler de ce film culte. Si sa carrière a été émaillée de classiques comiques, Le Dßner de Cons en est l’un des temps forts. En 2018, à C à vous, il revient sur ce tournage et les méthodes utilisées par le réalisateur :

C’était difficile parce que Francis Veber voulait entendre ce qu’il écrivait. Je n’y étais pas habitué, j’ai beaucoup souffert, mais j’ai beaucoup appris. Cependant, n’allez pas croire qu’il est en colère contre le réalisateur, bien au contraire. Il savait dans quoi il s’embarquait : il veut le sens de ce qu’il a écrit. Et le sens, il ressort avec la musique. Il veut entendre ça. et ce n’est pas quelque chose qui te va parce que tu sais le faire (…) franchement, c’est le chef de file de ce chef-d’oeuvre de la culture populaire.

Il faut dire que l’acteur a toujours eu beaucoup de libertés, notamment lorsqu’il tourne avec ses amis. Et Francis Veber le sait. Il n’hésite pas à partager une petite anecdote sur son acteur principal :

Il ne sortait pas avec ses copains sympas, on les laissait faire leur travail, et ils savaient où rire. Avec moi, il s’est perdu, est allé pleurer dans la loge du maquilleur.

Le perfectionniste faisait les mêmes clichés

Le metteur en scène répète l’analogie de l’acteur entre les lignes écrites et la musique. Il l’utilise en indiquant de nouveaux clichés jusqu’à ce que vous soyez entièrement satisfait de l’affichage à l’écran. Inévitablement, les acteurs deviennent ses marionnettes, répétant inlassablement les mêmes phrases, les mêmes mots.

Quand on est scénariste et réalisateur, on a de la musique dans la tête. Tant que vous ne possédez pas votre musique, vous recommencez. J’ai fait 45 plans avec Depardieu sur « Tais-toi » et 37 avec Auteuil sur « Le Placard. Ils sont patients ! »

Le réalisateur, qui n’a pas la langue dans sa poche, n’hésite pas à traiter avec Luc Besson, qui a travaillé avec lui. Il ne fait aucun doute que les managers ne fonctionnent pas de la même manière. Cependant, ils font équipe ensemble sur Le Grand Bleu.

J’ai fait beaucoup de choses différentes. Le Grand Bleu, par exemple, était un camembert de 300 pages sans boîte. J’ai rassuré Besson qui se demandait ce que j’allais faire dans son gouffre. Nous avons très bien communiqué. Il se prend pour un écrivain mais il est totalement analphabète.

On laissera à chacun le soin de décider si Luc Besson sait écrire un scénario. En attendant, si les films de Francis Veber sont cultes aujourd’hui, il ne laisse pas un bon souvenir des acteurs avec lesquels il a travaillé.